Les psychologues, des violents ?

 

Nous nous souvenons lors des manifestations devant le Ministère de la Santé, les CRS nous disant « Vous vous êtes des gentils les psychologues » ou « Ma femme est psychologue ».

 

 

Manif du 10 juin 2021

 

Les psychologues, des violents ?

Une profession éminemment citoyenne car interrogeant le comportement, les pensées, les effets de groupe, le social, car questionnant sans cesse, quelles que soient nos orientations psychodynamiques ou expérimentales, mais une profession très souvent silencieuse car déjà et avant tout dans l’observation et, pour nombre d’entre nous, dans l’écoute, à recevoir la violence subie, d’un accident, d’un attentat, d’un proche, de la société, de camarades de classes, de collègues ou encore celle qu’on retourne contre soi-même. Une profession, en ce qui concerne les psychologues cliniciens, traversée par l’exigence de « neutralité bienveillante ».

Monsieur le Ministre, si nous sortons de notre silence depuis deux ans, c’est peut-être qu’il y a matière.

Ne confondez pas la colère, l’indignation, l’alerte, l’information et l’appel au boycott avec de la violence. S’il y a si peu de psychologues qui adhérent à votre dispositif de soutien psychologique conventionné, c’est qu’il y a peut-être des absurdités et du mépris dans ce dispositif, délétère pour nos concitoyens et pour notre profession, qui nous alertent et que nous refusons de cautionner.

Les psychologues, des égoïstes qui n’ont que faire de la souffrance de l’autre et qui méprisent le service public et l’accès aux soins ?

Mais la majorité d’entre nous travaille dans les hôpitaux publics tant mis à mal par plusieurs décennies de politiques gestionnaires et bureaucrates, avec des salaires qui ne rendent même pas compte de notre niveau d’étude.

La majorité d’entre nous travaille au sein du service du public, dans les secteurs psychiatriques et médico-sociaux que, consciencieusement, vous et vos prédécesseurs ainsi que les pouvoirs publics déstructurent et suppriment par des politiques qui tournent le dos justement à l’accès pour tous aux soins.

Vous parlez de violence. Nous, nous pouvons vous parler très longuement de celle-ci, qui, par des décisions politiques hors sol, sans consultation avec les professionnels de terrain, met à mal les enfants, les familles, les patients, nos collègues et nous-mêmes.

Les psychologues, des violents égoïstes qui ne veulent pas aider leurs prochains en ne leur permettant pas d’accéder à un dispositif de remboursement des consultations en libéral ?

Mais nous regorgeons d’idées pour favoriser l’accès à un suivi psychologique en libéral pour ceux qui en auraient besoin financièrement. Il existe déjà de nombreux moyens que nous pourrions améliorer sans passer par votre dispositif nocif, qui creusera inutilement la dette de la Sécurité Sociale car inefficace : seulement quatre séances utilisées en moyenne par assuré social sur les huit remboursées alors qu’à l’hôpital comme en libéral (non conventionné !), nous croulons sous les demandes de suivi que nous essayons d’honorer tout en continuant ceux en cours depuis des mois voire des années !

Démontrez-nous où est l’efficacité de ce dispositif ! Nous avons hâte de découvrir, et nos collègues à l’international aussi, ces techniques si efficaces qu'au bout de trois à quatre séances le patient n’ait plus besoin de suivi.

Nous pourrions vous aider à penser un système de financement hors CNAM. Mais vous refusez depuis deux ans de nous recevoir, nous tous, professionnels de terrain, organisations, syndicats, collectifs. Et par ailleurs, vous n’augmentez pas le nombre de postes ni n’instillez une véritable dotation financière pour rendre de nouveau attractif notre système hospitalier et médico-social en si piteux état. Où est la volonté politique d’améliorer la prise en charge de nos concitoyens ?

Les psychologues violents entre eux ?

Vous avez raison, il est inadmissible que des collègues psychologues qui testent un dispositif puissent recevoir des menaces verbales ou physiques, si tant est que ce soit un fait. Mais si tel est le cas, ils savent qu’ils peuvent recourir à notre Commission Nationale de Déontologie des Psychologues. Notre Code de Déontologie a tout un chapitre dédié à la relation entre pairs, notamment l’article 26.

Mais ne confondons pas joutes verbales, auxquelles vous les politiques êtes si bien rodés, avec violence. Violence dans les comportements de nos élus et ministres comme nous venons d’en être témoins, sidérés, ces dernières semaines en regardant les débats à l’Assemblée Nationale. Il n’est pas acceptable qu’un ministre de votre gouvernement fasse deux bras d’honneur dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Quelle honte pour sa fonction. Quel que soit nos couleurs politiques, c’est à la Nation qu’il a fait ces deux bras d’honneur en les adressant à un élu. Quel modèle pour les enfants et les adolescents ! Il nous semble qu’une de nos consœurs a alerté, il y a peu, sur un plateau télévisé, la nécessité et l’importance du comportement et de la représentation exemplaires que doivent avoir les adultes, qui plus est dans de si hautes fonctions de l’Etat qu’occupent les ministres ou les élus.

Monsieur le Ministre, vous avez besoin des psychologues ?

Commencez par ne pas nous mépriser car le mépris, lui, est une forme de violence psychologique.

 ____

Ci-dessous l'intervention de Monsieur le Ministre de la Santé, François Braun lors de l'examen à l'Assemblée Nationale le 8 mars 2023 de la PPL visant à favoriser l'accompagnement des couples confrontés à une fausse couche :




Commentaires